L’entreprise DOMO en redressement judiciaire

Publié le 29/01/2026

La situation de l’emploi dans nos secteurs ne s’améliore pas. L’entreprise DOMO, spécialisée dans le textile à base de polyamide et implantée dans la région Rhone Alpes, est placée en redressement judiciaire (RJ) depuis le 8 janvier 2026.

Ce groupe belge emploie 88 salarié·es sur le site de Valence et 450 salarié·es sur celui de Lyon. Il n’a pas hésité à mettre l’ensemble de ses filiales françaises en grande difficulté. Après la faillite de trois de ses filliales en Allemagne, le groupe DOMO a engagé une restructuration de ses entreprises en France afin d’assainir ses créances bancaires. Une méthode inacceptable !

Face à cette situation, notre syndicat CGT a publié une déclaration pour dénoncer cette stratégie, d’autant plus incompréhensible que le site de Valence croule sous les commandes. Alors pourquoi en arriver là ?

Saisi d’une demande de cessation de paiement des entreprises Polytechnyl, filiales du groupe belge, le tribunal de commerce de Lyon n’a eu d’autre choix que d’ouvrir une procédure de redressement judiciaire. Cette procédure est fixée pour une durée de six mois, renouvelable une fois, si les commandes et la trésorerie des filiales françaises le permettent.

Le redressement judiciaire ouvre trois perspectives possibles :

  • un redressement des comptes suivi d’un plan de continuation,
  • une cession d’activité à d’autres industriels,
  • ou une liquidation de l’entreprise.

Pendant toute la durée de la procédure, le tribunal de commerce désigne un administrateur judiciaire. Celui-ci peut intervenir selon trois modalités : avec les pleins pouvoirs, avec des pouvoirs partagés avec la direction, ou en simple observateur. Dans le cas de DOMO, l’administrateur judiciaire a été nommé avec des pouvoirs partagés avec la direction du groupe.

Pour la CGT, la période de redressement judiciaire est une phase particulièrement complexe et anxiogène pour les salariés. Le temps est compté et, très rapidement, l’administrateur judiciaire et la direction cherchent à redresser les comptes des filiales. Si le tribunal suspend le paiement des dettes antérieures au redressement judiciaire, il interdit en revanche toute nouvelle dette pendant la durée de la procédure.

C’est pourquoi la fédération appelle ses syndicats à suivre de très près, pendant le redressement judiciaire, la situation de la trésorerie et le niveau des commandes. Ces deux indicateurs sont essentiels pour détecter rapidement la préparation éventuelle d’un plan de licenciements. Trop souvent, directions et administrateurs judiciaires n’hésitent pas à licencier pour réduire la « masse salariale », en faisant supporter les indemnités par le régime de garantie des salaires (AGS). Une pratique malheureusement courante pour répondre aux exigences du tribunal de commerce.

La CGT dénonce la mainmise patronale sur les tribunaux de commerce

C’est pour ces raisons que la CGT dénonce depuis longtemps la mainmise patronale sur les tribunaux de commerce et revendique une réforme législative profonde. Ces juridictions fonctionnent en vase clos, entre représentants patronaux, administrateurs et liquidateurs judiciaires, sous l’autorité du procureur de la République, seul représentant de l’État et seul habilité à exercer un droit d’appel. La voix des salariés, elle, n’y est jamais entendue.

La CGT exige donc que des représentants syndicaux et des élus locaux intègrent les tribunaux de commerce afin de porter la parole des salariés et des territoires. Elle revendique également que les CSE disposent d’un droit suspensif leur permettant de faire appel des décisions des tribunaux de commerce. Aujourd’hui, ce droit est exclusivement réservé au procureur de la République.

Pourtant, notre fédération a obtenu à deux reprises, en vingt ans, l’intervention du procureur de la République — en Haute-Loire et dans le Nord — à la suite de mobilisations très importantes de salariés et sous la pression des élus locaux. Dans ces deux cas, les décisions initiales des tribunaux de commerce ont été annulées par la cour d’appel. Comme quoi, c’est possible !

Pour nos délégués, la période de redressement judiciaire est une étape cruciale pour la défense de l’emploi. Il est donc indispensable de s’appuyer sur l’ensemble des structures de la CGT (UL, UD, fédération) afin de construire les luttes. Le recours à un expert économique est également essentiel pour élaborer des alternatives crédibles, construire des arguments contradictoires face à la direction et accompagner les élus du personnel dans leurs démarches auprès des pouvoirs publics, aux niveaux local, départemental et national.

Enfin, la détermination des salariés à se faire entendre et à accompagner leurs élus au tribunal est tout aussi fondamentale. Cette mobilisation permet de peser sur les décisions et d’imposer l’examen de solutions alternatives à la liquidation judiciaire. Construisons des luttes visibles et marquantes, sans pour autant fragiliser davantage l’entreprise par des actions trop longues ou trop coûteuses pour les salariés. 


Source  : Journal du THCB janvier 2026


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